Festival d'Angoulême: «Sukkwan Island» révèle un talent pluridisciplinaire

Cette année, le festival d'Angoulême consacre une partie de sa programmation aux ponts, évidents, qui existent entre oeuvres de bande dessinée et de cinéma. Et comme pour illustrer le fait qu'il existe quelques (rares) créateurs aussi à l'aise dans l'une et l'autre de ces disciplines, le premier album de BD d'un jeune vidéaste fait partie de la sélection officielle!

Adapté du roman éponyme de l'américain David Vann, Sukkwan Island raconte les retrouvailles entre un père divorcé et son fils de treize ans sur un îlot désert d'Alaska. Son ambition est de renouer des liens distendus et d'initier le jeune Roy aux valeurs, supposées essentielles, du «retour à la nature». Sauf que rien ne va se passer comme prévu et que le rapprochement espéré n'aura pas lieu, bien au contraire...

Avouez que faire son baptême dans la bande dessinée avec un tel sujet est plutôt culotté de la part du jeune Ugo Bienvenu. Formé à l'illustration à l'école Estienne, puis par la section Cinéma d'animation aux Gobelins, ce jeune artiste ne s'était jusqu'alors frotté qu'à la réalisation de dessins animés et de clips vidéo (pour Chris Adams, Renart, Agoria). Et le pari était d'autant plus audacieux que le livre de David Vann est l'un des rares romans indubitablement «cultes» de la décennie dernière.

Découvert par hasard, en 2008, par un chroniqueur du prestigieux New York Times, Sukkwan Island fut rapidement classé parmi les meilleurs livres de l'année (devançant même Philip Roth et John Irving en Angleterre!). Même carton en France, où sa traduction s'est vendue à 250 000 exemplaires -c'est remarquable — et a emporté le Prix Médicis Étranger 2010.

Réalisés au crayon noir rehaussé de nombreuses stries, les dessins d'Ugo Bienvenu sont tout simplement abasourdissants de maîtrise et de fidélité aux paysages et ambiances décrits dans le roman. Quand à son travail d'adaptation, il est juste admirable d'intelligence: le jeune français réussit, dès ses premières planches, à rendre perceptible l'atmosphère pesante et dramatique qui sourd du texte de Vann. C'est là qu'on sent l'influence de son expérience de vidéaste... et qu'on réalise qu'il est aussi, déjà, un grand auteur de bande dessinée.

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