Festival de Berlin: Julie Gayet attise le débat sur les quotas de femmes dans le cinéma

Des pour, des contres, des «ni ni» et des «bien au contraire». L'Ofaj (Office Franco-Allemand de la jeunesse) organisait ce jeudi dans le cadre du festival de Berlin, dont il est partenaire, un débat passionnant et passionné sur la place des femmes dans la création cinématographique. Avec, en toile de fond, l'idée d'introduire -ou pas- un quota de femmes dans le métier de réalisateur.

En France, on connaît la chanson. Bien que nombreuses -Julie Gayet en a interviewé une vingtaine dans son film Cinéast(e)s, d'Agnès Varda à Pascale Ferran, en passant par Julie Delpy, Tonie Marshall ou Josiane Balasko- les femmes réalisatrices sont sous-représentées dans les festivals et rarement récompensées lors de cérémonies comme les César... Pour autant, la plupart des réalisatrices sont hostiles aux quotas. Ce qui n'est pas le cas en Allemagne, où le débat fait rage. Avec une passion qu'on a pu constater lors de la rencontre organisée par l'Ofaj.

Un documentaire pour mettre le feu aux poudres Sa réussite, le débat le doit à son casting. Julie Gayet et la vingtaine de réalisatrices interviewées dans son film Cinéast(e)s pour mettre le feu aux poudres. La très féministe réalisatrice Tatjana Turanskyj, auteur d'un manifeste en faveur des quotas de femmes dans l'audiovisuel pour enfoncer le clou. «Il n'y a que 11% de femmes réalisatrices à la télévision, soutient-elle. Il est temps de s'en alarmer.» A l'opposé, Anne-Katrin Hendel, cinéaste et productrice réputée, est hostile à l'idée: «Ce qui compte pour moi, c'est ce que raconte le film. Peu m'importe qu'il soit réalisé par une femme ou pas. Entre deux projets, je choisirai toujours le meilleur».

Entre les deux, la réalisatrice française Axelle Ropert jette régulièrement un peu d'huile sur le feu: «Le cinéma est un art injuste par nature, parce qu'il est sexué, érotisé par des hommes qui veulent sublimer le corps des femmes. Je ne vais pas me lever le matin avec l'idée de me battre contre ça.» «Et bien c'est dommage», entend-on dans la salle. «ça ne me dérangerait pas que le cinéma allemand soit plus érotique», lance Tatjana Turanskyj soutenue par une partie de la salle. «Vos quotas n'ont rien d'érotique, rétorque Annekatrin Hendel. En tant que femme, je ne voudrais pas qu'on m'impose ça». Applaudissement de l'autre partie de la salle.

Un emploi attractif dans une branche attractive «Si j'étais un réalisateur homme, je trouverais injuste de perdre ma place à cause d'un quota en faveur des femmes», lance quelqu'un dans le public. Avant d'évoquer: «Pourquoi pas des quotas ethniques ou religieux?». «L'injustice, c'est d'empêcher à des femmes d'accéder à un emploi attractif dans une branche attractive», rétorque Tatjana Turanskyj. «Je ne pense pas que faire du cinéma puisse être un droit ouvert à tous, tente alors Axelle Ropert. Le génie ne se décrète pas.»

Sans parler de génie, il y aurait «un tiers des femmes en Allemagne qui arrêtent ce métier pour élever leurs enfants», selon une responsable de la télévision allemande. «Vous n'avez peut-être pas la chance, comme en France, d'avoir des crèches jusqu'à trois ans», lui répond Julie Gayet.

La version masculine de «Cinéast(e)s» pour Cannes La comédienne raconte encore qu'elle vient de réaliser le pendant masculin de Cinéast(e)s, interrogeant cette fois une vingtaine de réalisateurs sur le sujet. «Le film sera présenté à Cannes», prévient-elle, avant d'évoquer «cette nouvelle génération de cinéastes, plus sensibles et attentifs que leurs aînés, qui n'hésitent pas à partager les tâches ménagères pour que leurs femmes puissent travailler». A l'image de son coréalisateur Mathieu Buisson. «C'est un homme formidable... Mais ce n'est pas mon compagnon», prend-elle soin de préciser. Ce qu'on savait déjà.

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