Luz à propos de la une de «Charlie Hebdo»: «Notre Mahomet, c’est avant tout un bonhomme qui pleure»

En une, un dessin de Mahomet. Il pleure. Dans sa main, une pancarte «Je suis Charlie», sous la légende «Tout est pardonné». Le dessin est de Luz, entré sous les applaudissements ce mardi, avec les autres membres de Charlie, dans la salle bondée du dernier étage de Libération. Assis entre Gérard Biard et Patrick Pelloux, le dessinateur a expliqué avec émotion comment était née la une de ce numéro, le «journal des survivants», en kiosques dès demain et qui y vivra quinze jours.

Le numéro sera traduit en anglais, espagnol et arabe pour la version numérique, et en italien et turc pour la version papier, a indiqué le rédacteur en chef Gérard Biard, qui a décrit la réaction de l'équipe quand a été choisie la une. «On a tous éclaté de rire, et on s'est sautés dans les bras».

«Faire un journal avec des dessins intelligents, c’était essayer de sortir de l’émotion». «Il a fallu commencer (…) Franchement je ne savais pas si j’allais être capable», a expliqué Luz, très ému, et soutenu à plusieurs reprises par ses amis Gérard Biard et Patrick Pelloux. Il y a d’abord eu un premier dessin. «Jeudi soir, j’ai fait un dessin, qui est pas dans Charlie, qui est un peu le dessin de la catharsis, pour qu’on se débloque tous». Son premier dessin, c'est ce qu'il a vu à son arrivée, en retard, à la conférence de rédaction, une semaine plus tôt, explique-t-il: «A un moment donné, j'ai vu des culs par terre (...) Leurs culs, ça aurait pu être les nôtres. Je les ai dessinés et j'ai écrit "Liberté d'expression, mon cul"».

«J’ai écrit « Tout est pardonné », et j’ai pleuré» Pour la une de ce numéro, «j’ai convoqué tous les talents. Ceux qui ne sont plus là, ceux qui sont là, j’ai fait une conférence de rédaction dans ma tête», a poursuivi le dessinateur. «Il y avait l’idée de dessiner ce personnage de Mahomet. C’est mon personnage. C’est une personne qui nous a valu d’avoir les locaux brûlés, qui nous a valu d’être traités de dangereux irresponsables. Mais on est avant tout des dessinateurs qui aiment bien dessiner des petits bonhommes, comme quand on était gamins. D’ailleurs, ces terroristes, ils ont été gamins, ils ont fait des dessins. A un moment donné, ils ont perdu leur regard d’enfant».

«J’ai dessiné en disant Je suis Charlie, c’est une idée que j’avais dans la tête. J’ai dessiné Mahomet, il était en train de pleurer. J’ai écrit "Tout est pardonné", et j’ai pleuré. Et c’était la une. C’était notre une».

«Ce n’était pas la une que le monde voulait qu’on fasse, a poursuivi Luz. Ce n’était pas la une que les terroristes voulaient qu’on fasse. Mais c’est la nôtre. On a encore dessiné Mahomet, je suis désolé. Mais le Mahomet qu’on a dessiné, c'est avant tout un bonhomme qui pleure», ajoute le dessinateur, qui a dit n'avoir «aucune inquiétude» pour cette une, parce que «les gens sont intelligents. On fait confiance à l'intelligence et au second degré. Les gens qui ont commis cet attentat, c'est tout simplement des gens qui manquent d'humour et de second degré».

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